Chez les irréductibles Katum

C’est à travers un chemin de terre rouge cabossé, noyés dans la poussière, les yeux grands ouverts que nous arrivons chez un certain « Captain Hook ». Un cultivateur de café Lao qui parle très bien anglais et qui a pour coutume d’expliquer les traditions de son village aux touristes.

Sous les pilotis de sa maison en bois, une cuisine, des motos, des bébés dans des hamacs, beaucoup de monde. Autour, du café et d’autres maisons sur pilotis toutes reliés par des chemins de terre sinueux.

Captain Hook est une bible vivante sur le café. Sous des arbres de robusta et par 40 degrés, il commence par nous expliquer l’histoire du café. Découverte du café au Kenya par des chèvres. Ces dames inquiétaient leur berger car elles ne dormaient plus la nuit. Elles mangeaient en fait des grains de café ! Les français, les allemands, les anglais, les néerlandais le découvrent peu à peu via leurs colonies. Ils tentent d’en faire pousser chez eux mais sans succès : il fait trop froid. Ils utilisent alors leurs colonies pour le produire : l’Asie, l’Amérique du sud produisent leur café.

Savez qu’il existe plus de 100 variétés de café ? et qu’en Europe on ne connait généralement que l’Arabica et le Robusta ? Parce qu’on ne veut pas des autres : trop fades, pas assez de caféine il semblerait.

Je vous passe tous les détails de Mr Hook, ça a duré 1h, hyper intéressant ! Mais on préfère vous raconter autre chose !

Le robusta bientôt prêt à être récolté

Le cycle de vie du café

En guise d’échauffement, Mr Hook nous a montré de nombreuses plantes médicinales : dans son village, on ne va pas chez le médecin, on consulte le chaman pour la modique somme de 2 poulets et un sac de riz. On a vu les plantes pour la tête, le ventre, le bas du dos, les problèmes de peau, la plante dont on ne peut pas savoir à quoi elle sert sinon on risquerait de le dire au gouvernement etc… On a fait du fil de pêche en écorce de branche, de la colle, des bulles de savon avec de la sève. Bref hyper ludique pour les touristes Mr Hook.

Avec ses explications sur les chamans, nous avons eu une petite introduction aux us et coutumes du villages. Attention, préparez-vous. Dans ce village ils sont tous animistes (ils croient aux esprits). Il ne faut pas aller à l’encontre des esprits. Par exemple, si on toque à la porte, on va apporter le malheur à la maison, ils vont devoir sacrifier un « buffalo de l’eau » pour rectifier. On ne peut pas serrer la main des personnes, on pourrait avoir fait de la magie noire avec nos mains avant et leur transmettre le mauvais sort. On ne peut pas prendre de photos, car on leur volerait leurs ames et il faudrait de nouveaux sacrifier un animal (chat, singe, chien, poulet, buffalo par exemple, qu’ils mangent après le sacrifice bien entendu). Autant dire, qu’à ce moment-là, on osait à peine mettre un pied devant l’autre.

Un niz de fourmis comestibles dans un arbre à café. Elles ont goût de citron 🙂

De futurs sacrifiés

Rentrons maintenant dans le vif du sujet.

En ce qui concerne les femmes, ils le disent eux-mêmes, ce n’est pas de chance d’en être une. Tu es mariée à 8 ans par tes parents (au cas où ils meurent, ils prennent les devants), tu es maman à partir de 13 ans. Quand tu es sur le point d’accoucher : tu vas dans la forêt quelques jours, pour ne pas rendre le village impur, et tu ne reviens au village avec ton bébé (que si c’est un bon) bébé, les mauvais bébé faut les abandonner dans la forêt) en traversant un feu (petit semble-t-il ) pour purifier tout le monde. Si jamais tu meurs en donnant naissance, on découpe le corps en trois pour éloigner le mauvais sort avant de t’enterrer (véridique…on en a déduit que la machette ne servait pas qu’à couper du bois)

Ce n’est pas fini. Le mari a le droit d’avoir plusieurs femmes. S’il en a trois, c’est bien, comme ça il n’a pas besoin de travailler. Quand tu meurs, ton cercueil t’attend sous ta maison, et tu peux aller au cimetière après la cérémonie. Si t’es une femme, tu finis dans la forêt (on a pas trop compris).

Quelques petites dernières :

  • Si tu meurs d’un accident, on te découpe en 4 pour ne pas effrayer les esprits. Ta famille doit déménager dans la forêt pour 5 ans pour ne pas amener le mauvais sort au village
  • La terre est plate, si elle est ronde on tomberait. Et visiblement quand on leur montre la Terre en image, ils la confondent avec un ballon de foot.
  • En parlant de foot justement, chaque année pour le nouvel an un chiot sert de ballon de foot à tous les hommes du village, dans le but d’apporter le bon esprit au village
  • Nous les « long nose » ou éléphants blancs :
    • on lâche tous des bombes ( merci les Américains ), donc ils ne nous aiment pas
    • on ne sait faire que de la moto et vue la couleur de notre peau, on ne travaille pas, on a argent illimité (ca c’est bien fait pour nous, voilà ce que fait le tourisme…).
    • Si on est blonde c’est qu’on boit beaucoup de vin rouge 
    • Si on les yeux bleus, c’est parce qu’on boit trop de boissons énergisantes (leur redbull a une couleur bleue/verte)
    • Si on est grand et qu’on a des grands nez, c’est qu’on mange beaucoup de pain, eux ils sont petits parce qu’ils mangent du « sticky rice » ( riz gluant), ca les tasse.

Il parait que le gouvernement essaie de venir les vacciner contre la polio et que ce n’est pas évident… Bizarrement on n’est pas trop surpris !

Il nous a indiqué à la fin de notre tour de village que les enfants qui commencent à aller à l’école ne sont plus trop d’accord avec les anciens. Les « traditions » vont-elles se perdre ?

Nous ne resterons pas dormir chez notre hôte, son homestay ressemblant plus à une forteresse pour blancs et les habitants du village nous ayant bien fait sentir que nous n’étions pas les bienvenus. Mais découvrir une telle culture est vraiment incroyable, surtout quand on voit que beaucoup d’habitants du village ont des téléphones et accès à internet. Difficile de comprendre comment la fracture entre ancienne et nouvelle génération n’est pas plus nette. Evidemment Mr Hook ne se fait pas du tout bien voir par les anciens du village en amenant des touristes visiter les alentours et risque d’être exclu un de ces jours.

Ils n’auront pas celui là !